Aphrodisiaques : ce que la science établit, ce qui relève du placebo

Aucune substance ne déclenche le désir à la demande. Quelques plantes, le ginseng rouge coréen surtout, montrent un effet mesurable mais modeste sur l’érection dans des essais de petite taille. Le reste du rayon repose sur la tradition, sur la suggestion, ou pire : sur des molécules de médicament dissimulées dans des produits vendus comme naturels.

Vu de dessus, mortier de bois sombre rempli de gousses d’ail épluchées, posé sur une planche à découper avec son pilon, une pousse de basilic et une feuille de persil autour
Mortier, ail, herbes fraiches : l’imaginaire de l’aphrodisiaque est d’abord culinaire. Trois plantes seulement ont été testées contre placebo.

Trois registres que le mot confond

Un aphrodisiaque, au sens strict, est une substance censée augmenter le désir sexuel. Le mot circule pourtant sur trois registres qui n’ont rien à voir entre eux : le désir, c’est-à-dire l’envie ; l’excitation physiologique, soit l’érection et la lubrification ; la performance, autrement dit la durée. Une plante peut agir sur l’un sans toucher aux deux autres.

Cette distinction n’est pas de la sémantique. Un homme qui cherche à tenir plus longtemps, une femme dont le désir s’est éteint après une période de fatigue et un couple qui veut retrouver de l’envie ne cherchent pas la même chose. Aucun produit unique ne répond aux trois. Notre grille de lecture des sources part toujours de la même question : de quel registre parle-t-on, et sur lequel l’essai a-t-il mesuré quelque chose ?

Le ginseng rouge coréen : le seul dossier un peu solide

C’est la plante la mieux documentée de toutes celles qui suivent. Une revue systématique Cochrane publiée en 2021 a rassemblé neuf essais randomisés contre placebo, soit 587 hommes présentant une dysfonction érectile légère à modérée. Le ginseng y améliore le score de fonction érectile d’environ 3,5 points sur l’échelle IIEF-15 par rapport au placebo.

Le chiffre a l’air flatteur. Il faut le lire jusqu’au bout. Le seuil habituellement retenu pour qu’une différence soit jugée cliniquement pertinente sur cette échelle est de 4 points : l’effet mesuré passe donc en dessous. Les auteurs signalent en outre la faible qualité méthodologique de la plupart des essais inclus, des effectifs réduits, et l’absence de comparaison directe avec les traitements de référence prescrits par un médecin.

Autrement dit, un signal existe, il n’est pas nul, et il est plus faible que ce que la moitié des étiquettes laissent entendre. Les doses employées dans ces essais tournaient autour de 1 800 à 3 000 mg par jour de poudre de racine, sur des durées de 8 à 12 semaines. Un effet ne s’observe pas en une soirée.

La maca et le safran : un signal, pas une preuve

La maca (Lepidium meyenii) a fait l’objet d’une méta-analyse regroupant quatre essais cliniques randomisés, pour un total d’environ 130 participants. Une amélioration du désir sexuel y apparait après au moins six semaines de prise. Quatre essais et une centaine de participants, c’est très peu : les auteurs concluent eux-mêmes que les preuves restent trop limitées et trop hétérogènes pour recommander la maca dans cette indication.

Le safran a été testé dans plusieurs essais randomisés contre placebo, chez l’homme comme chez la femme, avec des résultats plutôt favorables sur les scores de fonction sexuelle. Cette littérature est jeune et ses effectifs sont modestes. Nous ne citons aucun chiffre tant que nous n’avons pas lu les publications primaires : avancer un pourcentage sans l’avoir vérifié produirait exactement la fausse précision que ce site refuse.

Les dossiers vides

La revue de référence sur le sujet, signée par deux chercheurs en science des aliments de l’université de Guelph en 2011, a passé au crible les aphrodisiaques d’origine végétale et animale. Sa conclusion générale est sobre : pour la grande majorité des aliments réputés aphrodisiaques, aucun effet mesurable sur la libido ou l’excitation n’apparait aux quantités normalement consommées.

  • Les huîtres. Leur réputation tient à leur teneur en zinc et à une longue histoire culturelle. Aucun essai ne montre d’effet sur le désir chez une personne dont le statut en zinc est normal.
  • L’alcool. Il lève l’inhibition à faible dose, ce qui n’est pas la même chose qu’augmenter le désir, et dégrade la fonction érectile dès que la dose monte.
  • Le chocolat. Le dossier est plus intéressant qu’il n’en a l’air, parce qu’une étude a bien trouvé une corrélation avant de la voir disparaitre. Nous lui consacrons un article entier tant le raisonnement statistique y est instructif : voir notre analyse du cas du chocolat, qui revient sur l’étude italienne de 2006, sur ce qu’elle a réellement montré, et sur la raison pour laquelle elle reste le meilleur exemple pédagogique de ce champ.
  • Les produits animaux exotiques, corne de rhinocéros en tête. Aucun fondement, et un cout écologique qui rend le sujet indéfendable.

Le placebo n’est pas rien, et c’est le point le plus mal compris

Dire d’un produit qu’il « ne fait que placebo » se veut disqualifiant. Dans le domaine du désir, l’argument se retourne en partie. L’excitation dépend fortement de l’attention, du contexte et de l’attente. Un rituel partagé, une attente commune, un moment mis de côté produisent un effet réel sur le vécu, même si la molécule ingérée n’y est pour rien.

La conséquence pratique est double. D’un côté, un produit sans effet pharmacologique peut améliorer une soirée, et personne n’a à s’en excuser. De l’autre, cet effet ne justifie ni un prix élevé, ni une allégation de santé, ni le fait de retarder une consultation quand un trouble s’installe.

Le vrai risque : les produits « naturels » qui n’en sont pas

Mise en garde des autorités françaises. Des miels et des gels vendus en ligne comme aphrodisiaques naturels contiennent du sildénafil ou du tadalafil sans le déclarer sur l’étiquette. Ce sont des principes actifs de médicaments soumis à prescription, dangereux en particulier pour une personne traitée par dérivés nitrés ou porteuse d’une pathologie cardiaque, qui les avale sans le savoir et sans que son médecin le sache. Nous reprenons cette alerte en détail, avec les produits visés et le cadre réglementaire, dans notre article sur les plantes et l’érection et sur les substances interdites à la vente en France, où figurent aussi les mentions à vérifier sur une étiquette avant d’acheter quoi que ce soit.

Ce point devrait décider un acheteur, bien avant la question de l’efficacité. Un produit qui « marche vraiment et tout de suite » alors qu’il se présente comme une simple denrée alimentaire mérite la méfiance : l’effet spectaculaire est précisément le signal que quelque chose de pharmacologique a été ajouté. Nous n’en chiffrons pas l’ampleur : les volumes de saisies douanières circulent dans la presse sans que nous ayons pu remonter à une source officielle publiée.

Le même raisonnement vaut pour les écorces et racines vendues sous des noms exotiques, dont la composition réelle est rarement contrôlée. Savoir quelle espèce se trouve dans un sachet est un problème avant même de savoir si elle agit.

Quand la question n’est plus alimentaire

Un désir qui s’effondre durablement, une érection qui devient impossible ou franchement inconstante, une douleur : ce ne sont pas des questions de complément alimentaire, ce sont des motifs de consultation. Les troubles de l’érection sont notamment associés à des facteurs cardiovasculaires et métaboliques que seul un examen médical peut identifier.

Certaines réponses ne passent d’ailleurs pas par une substance. Les dispositifs à dépression agissent par un mécanisme purement physique et sont employés en urologie dans des indications précises : nous décrivons leur fonctionnement, leur effet réel et leurs contre-indications dans notre article consacré à la pompe à pénis, qui décrit ce qu’elle produit mécaniquement, ce qu’elle ne remplace pas, et les situations où elle est déconseillée.

Récapitulatif

  • Ginseng rouge coréen : effet mesuré sur l’érection, statistiquement significatif, sous le seuil de pertinence clinique. Preuves de faible qualité.
  • Maca : signal sur le désir après six semaines, sur quatre essais et une centaine de participants. Insuffisant pour recommander.
  • Safran : plusieurs essais randomisés, résultats favorables, littérature jeune et effectifs modestes.
  • Chocolat, huîtres, alcool : aucun effet démontré aux quantités habituelles.
  • Produits miracle vendus en ligne : risque documenté de médicament non déclaré. À éviter.

Questions fréquentes

Existe-t-il un aphrodisiaque qui agit en quelques minutes ?

Non, aucune plante ni aucun aliment. Les plantes pour lesquelles un effet a été mesuré, ginseng et maca notamment, agissent sur des semaines de prise, pas sur une soirée. Un produit annoncé comme immédiat contient soit un stimulant, soit une molécule de médicament non déclarée.

Le ginseng est-il efficace contre les troubles de l’érection ?

La revue Cochrane de 2021 mesure une amélioration d’environ 3,5 points sur l’échelle IIEF-15 face au placebo, en dessous du seuil de 4 points habituellement retenu comme cliniquement pertinent. Le signal existe, il reste modeste, et les essais disponibles sont de faible qualité méthodologique.

Les aphrodisiaques fonctionnent-ils sur les femmes ?

Les essais publiés portent en majorité sur la fonction érectile masculine. Le safran et la maca ont été testés chez la femme avec des résultats préliminaires favorables, sur de petits effectifs. Le désir féminin dépend de facteurs relationnels, hormonaux et médicamenteux qu’aucun complément ne corrige.

Un complément aphrodisiaque peut-il interagir avec un traitement ?

Oui. Le ginseng peut interférer avec les anticoagulants et certains antidiabétiques, et les produits frauduleux contenant du sildénafil sont dangereux en association avec les dérivés nitrés. Signalez toute prise de complément à votre médecin ou à votre pharmacien.

Comment repérer un produit frauduleux ?

Méfiez-vous des promesses d’effet immédiat, des ventes exclusivement en ligne ou sur les réseaux sociaux, de l’absence de fabricant identifiable et des emballages sans composition détaillée en français. L’Agence nationale de sécurité du médicament et la répression des fraudes publient régulièrement des mises en garde nominatives.

Rappel : cet article est un contenu d’information. Il ne remplace pas une consultation. Une baisse de désir installée, un trouble de l’érection ou une douleur pendant les rapports justifient un avis médical.

Sources

  • Lee HW et coll., « Ginseng for erectile dysfunction », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2021.
  • Melnyk JP, Marcone MF, « Aphrodisiacs from plant and animal sources : a review of current scientific literature », Food Research International, 2011, vol. 44, p. 840-850.
  • Salonia A et coll., « Chocolate and women’s sexual health : an intriguing correlation », The Journal of Sexual Medicine, 2006, vol. 3, p. 476-482.
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, et Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes : mise en garde concernant des denrées alimentaires frauduleuses aux allégations aphrodisiaques.

Pour retrouver nos autres analyses et nos dossiers de fond sur les produits vendus pour le désir, le sommaire complet est disponible sur la page d’accueil du magazine, qui regroupe les articles par thème, des mises en garde réglementaires aux enquêtes sur les allégations commerciales du rayon bien-être en ligne.