La position de la levrette : mécanique, profondeur, variantes

On la choisit pour la profondeur et on l’abandonne pour le dos. Les deux tiennent à la même cause : la cambrure imposée par l’appui à quatre pattes. Comprendre ce couplage permet de garder ce qui plait dans cette position et de retirer ce qui la rend pénible, sans avoir à en changer.

Fig. 4 — planche technique : la bascule du bassin, notée β, ouvre l’angle et creuse le bas du dos ; une seule cause, deux effets couplés. Vue de profil, quatre points d’appui numérotés au sol, deux mains puis deux genoux. État A en trait plein : bassin basculé, cambrure marquée, zone de contrainte lombaire surlignée, profondeur longue. État B en pointillés : bassin rentré, colonne rapprochée du neutre, profondeur courte. Quand β diminue, la courbure lombaire et la profondeur diminuent ensemble. Angle et cotes symboliques, aucune valeur mesurée.
Un même paramètre règle la courbure du bas du dos et la profondeur de pénétration.

La réponse courte

La levrette désigne une pénétration par l’arrière, la personne pénétrée en appui sur les genoux et les mains. Trois contraintes lui sont propres : elle accentue la courbure du bas du dos, elle donne par défaut la pénétration la plus profonde, et elle transfère la commande du rythme à la personne qui pénètre. Chacune se lève par un réglage d’appui, sans quitter l’orientation.

La mécanique de la position

La cambrure, contrainte centrale

En appui sur les mains et les genoux, le bassin bascule vers l’avant et le bas du dos se creuse. C’est cette bascule qui ouvre l’angle et rend la pénétration plus facile, et c’est elle aussi qui charge les articulations postérieures de la colonne lombaire. Le confort et la profondeur viennent donc de la même source. Les conseils habituels, du type se cambrer davantage, aggravent alors précisément la cause de la douleur.

Le réglage utile va dans l’autre sens : rentrer légèrement le bassin, laisser le buste descendre, et la colonne se rapproche de sa position neutre. L’angle se referme un peu, la profondeur diminue, la douleur avec.

La profondeur, qui n’est pas un réglage

Dans la plupart des positions, la profondeur se dose. Ici elle est maximale par construction, parce que l’angle du bassin et l’absence d’obstacle la libèrent entièrement. C’est l’argument de la position pour ceux qui la recherchent, et son principal défaut pour les autres.

Elle se réduit de deux manières, et par aucune autre : en descendant le buste vers le support, pour fermer l’angle, et en rapprochant les genoux, pour raccourcir le trajet utile. Une douleur en fond de vagin lors des pénétrations les plus profondes appelle ces deux réglages plutôt qu’un effort de tolérance, et une douleur qui se répète justifie une consultation.

L’appui et le contrôle du rythme

La personne devant tient sur ses poignets et ses genoux. Les poignets en extension et les genoux sur un support dur sont les deux premiers points qui lâchent, souvent avant toute autre fatigue. Passer des mains aux avant-bras redistribue la charge et prolonge la position d’autant.

Le rythme et l’amplitude passent entièrement à celui qui pénètre, sans le contre-appui du regard ni la possibilité de freiner d’un geste. La personne devant garde pourtant un levier réel, rarement utilisé : en avançant ou en reculant elle-même, c’est elle qui fixe l’amplitude, et l’autre n’a plus qu’à tenir sa position. Le renversement change complètement l’équilibre de la position et ne demande aucun matériel.

Les variantes, et la contrainte que chacune lève

Le buste posé, le bassin haut

La personne devant pose la poitrine et la tête sur le lit, genoux repliés sous elle. Les poignets et les épaules se déchargent d’un coup, et la fatigue d’appui disparait. La cambrure, en revanche, reste marquée, parfois davantage : cette variante soulage les bras, pas le dos.

À plat ventre

Les jambes s’allongent, le bassin repose sur le matelas, un coussin ferme glissé dessous ajuste la hauteur. C’est la seule variante qui traite la cambrure à la racine, puisque le bassin cesse de basculer dans le vide. La profondeur diminue, le frottement se déplace, et l’effort d’appui disparait pour les deux. Elle convient quand le bas du dos est le facteur limitant.

Au bord du lit, l’autre debout

La personne devant s’installe genoux au bord du matelas ou buste posé dessus, l’autre debout au sol. Les genoux ne portent plus sur une surface dure et la différence de hauteur se règle par la station debout au lieu de se compenser par une torsion. Le missionnaire connait un aménagement de bord de lit comparable, décrit dans notre article sur la position face à face et les réglages qui en modifient la profondeur, où il répond à un autre défaut, la fatigue des bras de la personne au-dessus.

Allongés sur le côté

Même orientation, corps couchés l’un derrière l’autre. Le support porte les deux personnes, la colonne reste presque neutre et la profondeur tombe nettement. Précision qui évite une confusion : notre panorama range cette forme parmi les positions allongées sur le côté et non dans la pénétration par l’arrière, parce que ses propriétés d’appui et de rythme n’ont plus rien de commun avec celles décrites ici. C’est bien la même orientation, ce n’est plus la même mécanique.

Confort, contraintes et cas particuliers

Grossesse. Cette orientation évite deux choses : la position allongée sur le dos, déconseillée à partir du deuxième trimestre, et l’appui sur l’abdomen. Elle accentue en contrepartie une courbure lombaire que la grossesse creuse déjà, ce qui rend la variante couchée sur le côté plus tenable que l’appui à quatre pattes. Nous n’avons lu aucune recommandation de société savante sur le choix des positions pendant la grossesse : ce paragraphe expose une mécanique, il ne prescrit rien. Les consignes de la sage-femme ou du médecin priment.

  • Lombalgie ou sciatique : c’est la contrainte la plus lourde de cette position. La variante à plat ventre est la seule qui la traite. Nos repères pour choisir une position quand le bas du dos est douloureux couvrent les autres cas de figure, du mal de dos ponctuel aux contraintes articulaires qui changent le classement.
  • Genoux douloureux : un tapis épais ou une couette pliée changent tout sur un sol dur. Une arthrose du genou oriente vers la variante au bord du lit, l’autre debout.
  • Poignets fragiles : passer des mains aux avant-bras, ou poser le buste. L’extension du poignet sous charge est le premier point de rupture.
  • Douleur en fond de vagin : réduire la profondeur en descendant le buste et en rapprochant les genoux. Une douleur qui revient à chaque rapport justifie une consultation.
  • Écart de taille important : la variante au bord du lit le règle par la hauteur du support, là où l’appui au sol oblige l’un des deux à se tordre.

Ce que l’absence de face-à-face change

Le regard, le baiser et la parole tombent en même temps. Ce retrait fait partie de ce que certains recherchent dans cette position, et c’est aussi ce qui la rend inconfortable pour d’autres, sans que la mécanique y soit pour quoi que ce soit. Le point pratique est ailleurs : le canal habituel du signal disparait, et une gêne ne se lit plus sur un visage.

Il faut donc la dire, ou convenir d’un geste. Une main posée sur la hanche pour ralentir vaut mieux qu’une consigne qui n’arrive jamais, et le réglage par l’avancée du bassin, décrit plus haut, rend la parole moins nécessaire puisqu’il déplace la commande.

Où cette position se situe par rapport aux autres

Elle se distingue par un profil peu commun : un effort d’appui modéré mais concentré sur des articulations fragiles, une contrainte lombaire parmi les plus élevées, une commande du rythme entièrement asymétrique et une profondeur qui ne se dose pas d’elle-même. Aucun autre profil ne réunit ces quatre traits : la position est très pratiquée et vite abandonnée pour la même raison.

Nous ne la comparons pas ici position par position, pour ne pas refaire ce qui existe déjà : le tableau qui range les grandes familles de positions selon l’appui, le rythme et le dos sert précisément à choisir selon la contrainte du moment, et cette page-ci sert à tirer le meilleur d’une orientation une fois qu’elle est choisie.

Questions fréquentes

Pourquoi la levrette fait-elle mal au dos ?

Parce que l’appui à quatre pattes fait basculer le bassin vers l’avant et creuse le bas du dos. Cette courbure charge les articulations postérieures de la colonne lombaire. Rentrer le bassin, descendre le buste ou passer à plat ventre ramène la colonne vers une position neutre et fait disparaitre la douleur.

Comment rendre la pénétration moins profonde ?

Par deux réglages, et il n’en existe pas d’autres. Descendre le buste vers le support ferme l’angle du bassin. Rapprocher les genoux raccourcit le trajet. La variante à plat ventre combine les deux. Une douleur qui revient malgré ces réglages justifie une consultation plutôt qu’un ajustement supplémentaire.

Comment tenir plus longtemps dans cette position ?

En déchargeant les poignets et les genoux, qui lâchent avant le reste. Passer des mains aux avant-bras, poser le buste sur le lit, épaissir le support sous les genoux, ou s’installer au bord du matelas avec l’autre debout au sol : chacun de ces réglages retire un point de fatigue sans changer d’orientation.

Cette position convient-elle pendant la grossesse ?

Elle évite la position sur le dos et n’appuie pas sur l’abdomen, mais elle accentue une courbure lombaire déjà creusée par la grossesse. La forme couchée sur le côté est la plus tenable des deux. Nous n’avons lu aucune recommandation officielle sur ce point : suivez les consignes de votre sage-femme ou de votre médecin.

Pourquoi cette position s’appelle-t-elle la levrette ?

Une levrette est la femelle du lévrier, et le nom de la position est couramment rattaché à la posture d’accouplement des chiens. C’est l’explication reçue ; nous ne l’avons vérifiée sur aucune source lexicographique et nous n’avançons aucune date d’apparition. L’origine du mot ne dit rien de la position elle-même.

Rappel : une douleur pendant la pénétration n’est pas un problème de technique. Si elle se répète, elle justifie une consultation auprès d’un médecin, d’une sage-femme ou d’une gynécologue. Une douleur lombaire qui persiste en dehors des rapports relève du même conseil.

Sources

  • Sens lexical du mot levrette, femelle du lévrier. Le transfert de ce sens vers la position est l’explication couramment donnée ; nous ne l’avons pas vérifiée sur une source lexicographique consultée et nous n’avançons aucune datation.
  • Contrainte du décubitus dorsal pendant la seconde moitié de la grossesse. Le mécanisme et sa réserve sont exposés dans notre panorama des positions, qui indique que nous n’avons pas de référence primaire consultable à citer.
  • Choix des positions pendant la grossesse. Aucune recommandation de société savante n’a été lue : le paragraphe correspondant expose un raisonnement mécanique et renvoie à la sage-femme ou au médecin, qui restent la seule source qui vous concerne.

Les autres articles de pratique et de santé sexuelle, positions comprises, sont tous listés sur le sommaire du magazine, article par article, avec les sujets de prévention et les mises au point historiques consacrées aux textes anciens.