Plantes et érection : une tradition ancienne, très peu d’essais
Bois bandé, ginseng, muira puama, yohimbe : les plantes vendues pour l’érection reposent sur des usages anciens et sur une littérature clinique minuscule. Une seule plante possède un dossier scientifique consistant, une autre est une molécule à statut de médicament, et la plus vendue sous nom exotique n’a jamais été testée chez l’humain.
La réponse courte
Une seule plante dispose d’un dossier clinique sérieux, le ginseng rouge coréen, avec un effet réel mais inférieur au seuil de pertinence clinique. Les autres reposent sur l’usage traditionnel, sur des essais minuscules ou sur rien du tout. La yohimbine, principe actif souvent invoqué, est en France un médicament délivré sur ordonnance, et l’écorce dont elle est extraite est interdite dans les compléments alimentaires depuis 2019.
Le ginseng, dont le dossier est traité ailleurs
Une revue systématique Cochrane parue en 2021 conclut à une amélioration réelle de la fonction érectile, mais inférieure au seuil retenu pour juger une différence cliniquement pertinente, et fondée sur des essais que ses auteurs qualifient eux-mêmes de faible qualité méthodologique. Le détail des effectifs, des doses et de la lecture du chiffre figure dans notre panorama des substances testées contre placebo, où le dossier du ginseng est repris essai par essai. Nous ne le redéveloppons pas ici, pour ne pas donner deux fois la même démonstration.
Deux points suffisent à ce stade. L’effet, quand il apparait, se mesure après plusieurs semaines de prise continue, jamais sur une soirée. Et le ginseng n’est pas anodin : il peut interférer avec les anticoagulants et certains traitements du diabète, ce qui justifie d’en parler à son pharmacien avant d’en prendre.
Le bois bandé : une réputation sans étude
Le bois bandé désigne, dans les Antilles françaises et dans la Caraïbe, l’écorce d’un arbre identifié le plus souvent comme Richeria grandis. Son usage traditionnel comme stimulant sexuel y est ancien et documenté ethnologiquement.
Nous n’avons trouvé, en revanche, aucun essai clinique publié chez l’humain. Les affirmations sur son mécanisme, notamment l’idée qu’il contiendrait de la yohimbine et agirait par vasodilatation, proviennent des descriptions fournies par les vendeurs et par des sites de phytothérapie commerciale. Nous ne les reprenons donc pas comme des faits. L’arbitre qui trancherait la question est simple à nommer : une analyse de composition publiée sur des lots identifiés, suivie d’un essai contrôlé. Ni l’une ni l’autre n’existe à notre connaissance.
Deuxième difficulté, plus concrète pour l’acheteur : le nom commercial « bois bandé » recouvre aussi, dans le commerce, le muira puama (Ptychopetalum olacoides), une plante amazonienne différente. Acheter sous ce nom ne permet pas de savoir quelle espèce se trouve dans le sachet.
Trois mentions décident donc de ce que vaut un sachet, et elles se lisent avant l’achat. Le nom botanique latin d’abord : son absence signifie que le vendeur ne s’engage sur aucune espèce. La partie utilisée ensuite, écorce, racine ou feuille, puisqu’elles n’ont pas la même composition. Le fabricant identifiable enfin, avec une adresse consultable et une composition détaillée en français.
Aucune de ces trois mentions ne démontre une efficacité, et nous ne le prétendons pas. Elles répondent à une question plus modeste, mais qui se pose en premier : savez-vous ce que vous achetez ? Sur ce marché, la réponse est trop souvent non, et c’est déjà un motif suffisant pour s’abstenir.
La yohimbine : le cas réglementaire
Statut en France. La yohimbine, alcaloïde principal de l’écorce de Pausinystalia yohimbe, est classée sur la liste I des substances vénéneuses (arrêté du 22 février 1990 modifié, pris en application de l’article L. 5132-6 du code de la santé publique). Elle ne se délivre qu’en pharmacie, sur ordonnance, sous forme de médicament autorisé ; en France, YOCORAL 5 mg, comprimé, AMM du 28 mars 2000. Parallèlement, l’écorce de yohimbe et les préparations qui en sont issues sont interdites dans les denrées alimentaires, compléments compris, depuis le règlement (UE) 2019/650 du 24 avril 2019, qui les a inscrites à la partie A de l’annexe III du règlement (CE) n° 1925/2006, faute de données d’innocuité suffisantes (avis EFSA du 2 juillet 2013). Un complément vendu en ligne qui revendique de la yohimbine, ou qui en contient sans le dire, se situe donc hors de ce cadre. S’y ajoute le risque propre à la molécule : élévation de la pression artérielle, troubles du rythme, contre-indications avec plusieurs classes de médicaments.
Des compléments qui contiennent des médicaments non déclarés
Le risque principal n’est pas l’inefficacité, c’est la contamination volontaire. L’Agence nationale de sécurité du médicament et la répression des fraudes ont publié une mise en garde visant des denrées alimentaires présentées comme aphrodisiaques naturelles, dont plusieurs miels et gels vendus en ligne et sur les réseaux sociaux. Les analyses de laboratoire y ont retrouvé du sildénafil ou du tadalafil, principes actifs de médicaments soumis à prescription, absents de l’étiquette.
Ces molécules sont de puissants vasodilatateurs. Associées à des dérivés nitrés, prescrits dans certaines maladies coronariennes, elles peuvent provoquer une chute de tension grave. Un homme cardiaque qui achète un « miel naturel » ignore qu’il prend un vasodilatateur, et son médecin l’ignore aussi.
Le signal d’alerte est contre-intuitif : c’est l’efficacité immédiate. Une plante ne produit pas d’érection en vingt minutes. Un produit « naturel » qui le fait contient autre chose. Nous rappelons ce raisonnement, ainsi que la façon dont nous sélectionnons ce dont nous parlons, sur notre page de transparence, parce que le lecteur a besoin de savoir qui nous paie avant de décider ce qu’il fait de ce que nous écrivons.
Les causes qu’aucune plante ne traite
Un trouble de l’érection installé ne relève pas du complément alimentaire. Il constitue souvent le premier signe visible d’une atteinte vasculaire, et il est associé au diabète, à l’hypertension, au tabagisme et à certains traitements, antihypertenseurs et antidépresseurs en particulier. Retarder une consultation pour tester des gélules pendant six mois fait perdre du temps sur un diagnostic qui compte.
Deux autres pistes existent, sans substance ingérée. La première est mécanique : le dispositif à dépression, utilisé en urologie, dont nous décrivons le fonctionnement et les contre-indications dans notre article sur la pompe à pénis, son effet réel et les situations où elle est déconseillée. La seconde est comportementale et concerne le contrôle de l’excitation plutôt que l’érection elle-même : elle est détaillée dans notre article sur l’edging, qui distingue ce que la pratique recouvre de ce qu’on lui prête en ligne, et ce que les techniques de contrôle documentées depuis 1956 apportent réellement.
Tableau de synthèse
- Ginseng rouge coréen : effet mesuré sur l’érection, sous le seuil de pertinence clinique. Interactions médicamenteuses possibles.
- Maca : un signal sur le désir, pas sur l’érection. Preuves insuffisantes, détaillées dans notre panorama.
- Bois bandé : usage traditionnel documenté, aucun essai clinique publié, identification botanique incertaine dans le commerce.
- Muira puama : souvent vendu sous le nom de bois bandé, données cliniques quasi inexistantes.
- Yohimbine : activité pharmacologique réelle, médicament sur ordonnance en France (liste I), écorce interdite en complément alimentaire depuis 2019, risques cardiovasculaires.
Sur les aliments plutôt que sur les plantes, l’analyse est la même et la conclusion aussi. Le cas le plus parlant reste celui du cacao, que nous décortiquons dans notre article sur le chocolat, l’étude italienne qui a lancé sa réputation et ce qu’elle montre vraiment. Pour la vue d’ensemble du champ, nous renvoyons à notre panorama des aphrodisiaques, qui va du ginseng au chocolat et signale au passage les produits vendus comme naturels contenant un médicament non déclaré.
Questions fréquentes
Le bois bandé fonctionne-t-il ?
Aucun essai clinique publié chez l’humain ne permet de l’affirmer. Son usage traditionnel dans la Caraïbe est réel et ancien, mais la tradition n’est pas une preuve d’efficacité. S’ajoute un problème d’identification : sous ce nom commercial circulent plusieurs espèces différentes.
Peut-on acheter de la yohimbine librement en France ?
Non, pas librement. La yohimbine est classée sur la liste I des substances vénéneuses : elle ne se délivre qu’en pharmacie, sur ordonnance, dans un médicament autorisé. Et l’écorce de yohimbe dont elle provient est interdite dans les denrées et compléments alimentaires depuis le règlement européen de 2019. Un complément qui en revendique, ou qui en contient sans le déclarer, est donc non conforme, et le risque cardiovasculaire est réel.
Combien de temps faut-il pour qu’une plante fasse effet ?
Dans les essais publiés sur le ginseng et la maca, les effets sont mesurés après plusieurs semaines de prise continue. Un produit annoncé comme agissant en moins d’une heure ne fonctionne pas selon ce mécanisme, et cette rapidité doit être considérée comme un signal d’alerte.
Ces plantes présentent-elles des risques ?
Oui, principalement par interaction. Le ginseng peut interférer avec les anticoagulants et les antidiabétiques, la yohimbine avec les traitements cardiovasculaires et certains antidépresseurs. Le risque le plus documenté reste toutefois celui des produits adultérés avec des médicaments non déclarés.
Quand consulter plutôt que tester un complément ?
Dès qu’un trouble de l’érection dure plus de quelques semaines, se répète dans toutes les situations ou survient brutalement. Il peut révéler une atteinte vasculaire, un diabète ou un effet secondaire médicamenteux, et aucune plante ne traite ces causes.
Rappel : cet article est un contenu d’information. Il ne remplace pas une consultation médicale. Signalez toute prise de complément à votre médecin ou à votre pharmacien, en particulier si vous suivez un traitement.
Sources
- Lee HW et coll., « Ginseng for erectile dysfunction », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2021.
- Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, et Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes : mise en garde concernant des denrées alimentaires frauduleuses aux allégations aphrodisiaques.
- Melnyk JP, Marcone MF, « Aphrodisiacs from plant and animal sources : a review of current scientific literature », Food Research International, 2011, vol. 44, p. 840-850.
- Règlement (UE) 2019/650 de la Commission du 24 avril 2019 modifiant l’annexe III du règlement (CE) n° 1925/2006 en ce qui concerne le yohimbe (Pausinystalia yohimbe).
- EFSA, « Scientific Opinion on the evaluation of the safety in use of Yohimbe », EFSA Journal, 2013, vol. 11, n° 7, article 3302.
- Base de données publique des médicaments, YOCORAL 5 mg comprimé (CIS 69816276), conditions de délivrance : liste I.
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